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NU-SHU
(l'écriture des femmes)

Belle et précieuse écriture
Sur un éventail opalescent
Quelques mots, fragiles sculptures
Femmes de la province du Hunan
Femmes chinoises sous le joug
Inventèrent le Nu shu
Poèmes secrets, échappée belle
Secrets de femmes
Ecrits de résistantes
De belles absentes
Qui voulaient caresser le ciel

Femmes sous le joug terrible
Des hommes, tristes esclavagistes,
Inventèrent le Nu shu
Poèmes ténus
Témoins secrets
De ces vies brisées
Pas tout à fait
Couchés sur un livre, un mouchoir
Ces précieux signes laissent entrevoir
La révolte discrète
Nimbée de mystère
La révolte de celles
Qui voulaient caresser le ciel.

(2004)


Manuscrit de nu-shu

COMME ON CHAVIRE

Comme on chavire
Sur l’océan de ses désirs
Je l’ai vu
Et j’ai su
Que voulez-vous que je vous dise
Peu m’importe d’être comprise
Je ne sais pas si c’est sa bouche
Ou ses yeux ou son sourire
Ses expressions ou son rire
Sa carrure, ses paroles
Sa démarche ou sa voix
Sûrement tout ça à la fois
Je me souviens
M’être dit tiens
La vague arrive
Sur mon frêle navire
Inutile de résister
Je vais chavirer
Que voulez-vous que je vous dise
Peu m’importe d’être comprise
Comme on chavire
Sur l’océan de ses désirs
Je l’ai vu
Et j’ai su
C’est tout ce que j’ai à dire.

(2004)


CA S'EST PASSE DEMAIN

Ca s’est passé demain
Un signe du destin
Au premier regard
Le jeu du hasard
Puis une conviction
Une lame de fond
Qui portent mes pas
Inexorablement vers toi
Ca arrivera demain
A la croisée des chemins
Je serai sans défense
Je viendrai sans méfiance
A quoi bon lutter
Le hasard a décidé
Ca s’est passé demain
J’étais pleine d’entrain
J’étais sans défense
Dans mon désir immense
N’oublie pas
N’oublie pas
Je recommencerai demain
Hier n’est jamais loin
S’il le fallait
Je recommencerai
Demain comme hier
Je suis la vague de travers
Dans nos horizons imprévisibles
Tu es ma délicieuse cible
Et aussi l’inspirateur
Inconscient mais charmeur
Ca s’est passé demain
J’ai noué ce lien
Le premier regard
Le premier hasard
Je m’en souviens
Ca s’est passé demain
J’étais l’oiseau en vol
Jamais cloué au sol
Tu étais ma muse au masculin
Ca s’est passé demain
A la croisée des chemins
Je voulais ta main
Je voulais tes lendemains
Croiser nos destins
N’oublie pas
N’oublie pas
Je recommencerai demain
Hier n’est jamais loin.

(2005)


Léonor Fini

DANS TES YEUX

Si dans tes yeux je pouvais voir
Que le temps ralentit
Et nous redonne l'espoir
D'un nouveau souffle de vie

Si dans tes yeux je pouvais voir
Que la misère du monde
Demain sera moins noire
Et la fraternité plus féconde

Si dans tes yeux je pouvais voir
Que demain les hommes cesseront
De semer chaos et désespoir
Et que toutes les guerres finiront

Si dans tes yeux je pouvais voir
Que bientôt nos enfants naîtront
Pour être libres et enfin croire
Que le chemin de la paix ils suivront

Si dans tes yeux je pouvais voir
Que les arbres et les forêts
Repousseront et que les marées noires
Disparaîtront à jamais

Si dans tes yeux je pouvais voir
Tout ce que j'imagine
C'est là que je jetterais mes amarres
Pour continuer à vivre.

(2003)


S. Dali

L’ENFANT DES VILLES

Vers le long foulard bleu du ciel
Montent le bruissement du vent
Les secrets des fleurs, leurs serments
Comme autant de chansons irréelles
Harmonie subtile des rêves et du vent...
Mais lui, l’enfant des villes
Ne saura rien
Des heures qui s’égrènent au cœur des jardins
Dans sa ville incolore
Tous ces chants délicats, tous ces matins
N'existent pas.

Etourdi par la clameur folle
De la ville, il fait ses premiers pas
Dans la pénombre d’une cité sans paroles
Peuplée de murs dressés comme des épines
Son univers est circonscrit là
Loin des jardins qui montent au ciel
Et des parfums des mimosas
Lui, l’enfant des villes
Grandira loin
Des tourbillonnements lumineux
Des périples joyeux vers un peu d’air bleu.

(2007)


LES QUATRE ELEMENTS

L’eau

Le manteau ruisselant du ciel
Dans le fleuve tacheté de miel
Se reflète
L’eau court, l’eau gronde, l’eau rêve
L’eau irremplaçable, la sève
La vie

Gaspillée, oubliée
Tant d’inconscience
L’eau est espérance

La terre

Le manteau ruisselant du ciel
Sur la terre douce, charnelle
Se déverse
La terre nourricière, la Mère
La vie

La préserver
De tant d’inconscience
La terre est patience

L’air

Le manteau léger du ciel
Troué de milliers d’oiseaux à tire d’ailes
Déchirures claires
Pur, infini, immatériel, l’air
Notre respiration

Pollué, réchauffé
Tant d’inconscience
L’air est renaissance

Le feu

Le manteau léger du ciel
Des mille feux du coucher de soleil
S’embrase
Le feu, le soleil, la lumière,
La chaleur

Le feu des armes
Tant d’inconscience
Le feu, la violence

Violence sur la terre ensanglantée
Du feu de nos cruautés
Dans l’air l’odeur des charniers
Que l’eau de nos larmes ne peut effacer.

(2004) 


Turner

CLAIRE-LISE COUX
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